
À moins d’un mois d’une échéance constitutionnelle hautement symbolique, la situation politique et sécuritaire d’Haïti continue de se détériorer. Dans un communiqué rendu public ce vendredi, l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana a exprimé sa vive inquiétude face à ce qu’elle qualifie d’échec de la gouvernance transitoire et de crise profonde de confiance entre les dirigeants et la population.
Selon les signataires, l’approche du 7 février 2026 date traditionnellement associée aux transitions de pouvoir accentue les tensions dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité chronique, la paralysie institutionnelle et l’absence de consensus politique. Ils estiment que la transition actuelle n’a pas su répondre aux attentes minimales de stabilité et de gouvernance, exposant davantage l’État à un risque de désintégration.
Le communiqué se montre particulièrement sévère à l’égard du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé. Les signataires dénoncent une incapacité manifeste à gouverner , évoquent de graves soupçons de corruption, des actes d’insubordination à l’autorité de l’État et des relations jugées non autorisées avec des acteurs étrangers.
Autant d’accusations qui, si elles sont avérées, soulèvent des questions majeures sur la souveraineté nationale et la crédibilité de l’exécutif en place.
Face à cette situation jugée critique, l’Assemblée appelle le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) à assumer pleinement ses responsabilités historiques. Trois mesures urgentes sont mises en avant : le renvoi immédiat du Premier ministre et sa substitution par un chef de gouvernement intérimaire jusqu’au 6 février 2026, la convocation d’une assise nationale inclusive réunissant l’ensemble des forces vives du pays, et l’adoption d’un calendrier consensuel de négociations accompagné d’actions immédiates.
Pour les signataires de l’Accord de Montana, ces propositions constituent des préalables indispensables pour éviter un chaos annoncé, restaurer un minimum de stabilité politique et poser les bases d’une transition qu’ils souhaitent crédible, inclusive et pleinement souveraine. À leurs yeux, l’inaction ou les demi-mesures ne feraient qu’aggraver la perte de légitimité déjà perceptible de la transition en cours.
Toutefois, au-delà des prises de position et des appels pressants, la crise actuelle met en lumière une réalité plus large : l’extrême fragilité du cadre transitoire haïtien et la difficulté persistante à construire des compromis durables dans un climat de méfiance généralisée.
Si les propositions avancées ouvrent des pistes de sortie de crise, leur mise en œuvre dépendra de la volonté réelle des acteurs concernés à privilégier l’intérêt collectif sur les calculs politiques immédiats.
À l’approche du 7 février 2026, l’avenir démocratique du pays semble ainsi suspendu moins à la force des déclarations qu’à la capacité des dirigeants à traduire les engagements en actes concrets.
Judelor Louis Charles
