Lors de sa participation à l’émission Le Point sur Radio & Télé Métropole, le Dr Jean Henold Buteau, signataire de l’Accord de Montana, a livré un diagnostic sans concession de la situation nationale. Insécurité persistante, précarité sociale accrue, système sanitaire à bout de souffle, multiplication des déplacés internes : pour lui, le pays s’enfonce dans une crise globale que le pouvoir en place s’est révélé incapable d’endiguer.

À l’approche du 7 février, date annoncée pour la fin du mandat des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), le Dr Buteau estime que l’heure n’est plus aux demi-mesures. « Le pouvoir a échoué sur toute la ligne », tranche-t-il, appelant au départ simultané du CPT et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Selon lui, leur maintien ne ferait que prolonger l’instabilité et la défiance populaire.

Face à ce constat, le signataire de l’Accord de Montana défend une alternative structurée : une refondation de la transition fondée sur la collégialité, le contrôle institutionnel et l’inclusion des forces vives du pays. Contrairement aux schémas antérieurs, souvent dominés par des arrangements politiques opaques et personnalisés, la proposition Montana entend rompre avec les pratiques qui ont miné les transitions précédentes.

Au cœur de cette architecture figure la mise en place d’une présidence collégiale à trois membres, conçue pour limiter les rivalités internes et accélérer la prise de décision. Ce Conseil présidentiel restreint serait chargé d’organiser le départ du Premier ministre, tout en garantissant la continuité administrative par un intérim assuré par un ministre en fonction. L’objectif, insiste le Dr Buteau, n’est pas une rupture brutale, mais une stabilisation immédiate de l’appareil d’État.

Autre innovation majeure : la création d’une Conférence des acteurs, espace permanent de dialogue réunissant organisations sociales et politiques structurées. Cette instance ambitionne de corriger l’un des échecs récurrents des transitions haïtiennes l’exclusion de larges segments de la société des processus décisionnels. Dans un contexte où la légitimité ne peut plus être imposée d’en haut, la Conférence se veut un véritable contrepoids politique et social, capable d’ancrer la transition dans une dynamique inclusive.

La proposition Montana prévoit également la mise en place d’un Organe de Contrôle de la Transition (OCAT), composé de neuf membres issus de la Conférence des acteurs. Chargé de surveiller l’action de l’Exécutif, de proposer des mesures correctives et d’accompagner les relations avec la justice et la diplomatie, l’OCAT se présente comme un instrument clé de transparence et de redevabilité. Dans un pays marqué par la suspicion généralisée et les accusations récurrentes de dérive du pouvoir, cet organe vise à restaurer un minimum de confiance institutionnelle.

Enfin, le projet insiste sur un principe rarement respecté en période de transition : la stabilité de l’Exécutif. Le Premier ministre ne pourrait être révoqué qu’en cas de faute grave, les remaniements ministériels seraient strictement encadrés, et la nomination des hauts responsables se ferait de manière concertée entre la Présidence, la Primature et la Conférence des acteurs, avec validation de l’OCAT.

Pour le Dr Jean Henold Buteau, cette architecture n’est pas un simple exercice institutionnel. Elle représente une tentative de rompre avec des décennies d’instabilité chronique et de créer, enfin, les conditions minimales d’une gouvernance capable de répondre aux urgences nationales. Reste à savoir si, à l’approche du 7 février, cette proposition saura s’imposer dans un paysage politique fragmenté et profondément méfiant.

Judelor Louis charles