
Alors que la date symbolique du 7 février s’approche dans un climat de désagrégation sécuritaire et institutionnelle, les signataires de l’Accord de Montana remettent sur la table une proposition qui se distingue moins par son caractère politique que par sa volonté de réorganiser la gouvernance de la transition.
Lancée le 21 décembre 2025, cette initiative se présente comme une réponse structurée à l’usure des formules de transition qui, ces dernières années, ont surtout alimenté l’instabilité.
Dans un pays miné par la défiance envers l’État, l’insécurité chronique et l’absence de perspectives électorales crédibles, la proposition portée notamment par le Dr Jean Hénold Buteau et plusieurs organisations sociopolitiques pose une question centrale : comment gouverner sans reproduire les mêmes blocages ?
Contrairement aux schémas précédents, souvent centrés sur des figures ou des arrangements politiques opaques, l’initiative de Montana met l’accent sur la collégialité et le contrôle institutionnel. Elle propose notamment la mise en place d’un Conseil présidentiel restreint à trois membres, un format pensé pour réduire les conflits internes et accélérer la prise de décision.
Dans cette logique, le Conseil présidentiel de transition (CPT) serait appelé à organiser le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, tout en assurant une continuité administrative grâce à un intérim confié à un ministre en fonction. L’objectif affiché n’est pas la rupture, mais la stabilisation immédiate de l’appareil d’État.
L’un des éléments les plus novateurs de la proposition réside dans la création d’une Conférence des acteurs, conçue comme un espace permanent de dialogue entre organisations sociales et politiques structurées. Cette instance vise à corriger l’un des principaux défauts des transitions passées : l’exclusion de larges pans de la société des processus décisionnels.
Dans un contexte où la légitimité ne peut plus être décrétée, cette conférence ambitionne de devenir un contrepoids politique et social, capable d’ancrer la transition dans une dynamique plus inclusive.
Autre pilier central du projet : la création de l’Organe de Contrôle de la Transition (OCAT). Composé de neuf membres issus de la Conférence des acteurs, cet organe aurait pour mission de surveiller l’action de l’Exécutif, de proposer des mesures correctives et d’accompagner les relations avec la justice et la diplomatie.
Dans un pays marqué par la suspicion généralisée et les accusations récurrentes de dérive du pouvoir, l’OCAT se veut un instrument de transparence et de redevabilité, indispensable pour crédibiliser toute transition.
La proposition insiste également sur un point rarement respecté dans les périodes de transition : la stabilité de l’exécutif. Le Premier ministre ne pourrait être révoqué que pour faute grave, et les remaniements ministériels seraient strictement encadrés. La nomination des hauts responsables se ferait de manière concertée entre la Présidence, la Primature et la Conférence des acteurs, avec validation de l’OCAT.
Cette architecture vise à mettre fin à l’instabilité chronique qui paralyse l’action publique et empêche toute réforme structurelle.
Les signataires de l’Accord de Montana reconnaissent que leur proposition ne constitue pas une solution miracle. C’est pourquoi, une feuille de route détaillée est annoncée pour préciser les étapes et les mécanismes de mise en œuvre. Toutefois, dans un pays au bord de l’asphyxie politique, ce document se distingue par sa cohérence et par l’importance accordée au contrôle démocratique et au consensus.
À l’approche du 7 février, l’initiative de Montana se présente moins comme un simple projet politique que comme un appel à éviter une nouvelle transition improvisée. Elle rappelle surtout que, face à l’histoire récente d’Haïti, l’absence de décision collective est souvent le prélude à un chaos plus profond.
Judelor Louis Charles
