
Face à la nouvelle phase d’incertitude institutionnelle que traverse Haïti, le mouvement Alternatif Socialiste (ASO) ne se contente pas d’une critique conjoncturelle du pouvoir en place. Dans sa note publiée ce mardi, l’organisation propose une lecture plus profonde de la crise, qu’elle inscrit dans un schéma historique de dépendance politique et économique.
Pour l’ASO, la situation actuelle dépasse largement la question du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (KPT) ou de la gestion administrative du gouvernement sortant. Le mouvement estime que le pays est confronté à une crise structurelle enracinée dans des alliances anciennes entre élites locales et intérêts internationaux, qu’il compare à la période ayant précédé l’occupation américaine de 1915.
Selon l’ASO, les autorités de transition, après plus de 21 mois à la tête de l’exécutif, n’ont pas répondu aux objectifs fondamentaux de stabilisation politique et de redressement institutionnel.
L’organisation considère que le mandat du Conseil Présidentiel de Transition serait arrivé à expiration le 7 février, soulevant ainsi des interrogations sur la légitimité des décisions prises au-delà de cette date.
Les nominations et mesures administratives récentes sont perçues par le mouvement comme des actes unilatéraux dans un contexte qui, selon lui, exigerait un consensus national élargi. Pour l’ASO, toute démarche institutionnelle en période de transition devrait s’appuyer sur une concertation réelle avec les forces politiques et sociales.
Au-delà du débat institutionnel, Alternatif Socialiste insiste sur les racines économiques de la crise. Le mouvement estime que les tensions politiques actuelles sont le reflet d’un modèle économique inégalitaire, marqué par la concentration des richesses et l’exclusion sociale.
Dans cette perspective, l’ASO défend la mise en place d’un « État social » capable de répondre aux besoins fondamentaux de la population et de réduire les disparités structurelles. Pour l’organisation, sans transformation du modèle économique, toute transition politique risque de reproduire les mêmes blocages.
L’ASO appelle à la mobilisation des forces progressistes et populaires afin de contrer ce qu’elle qualifie d’alliances oligarchiques soutenues par des intérêts étrangers. Le mouvement plaide pour une reconfiguration du rapport de forces politique à travers un large front social et démocratique.
Dans un contexte d’instabilité persistante, la prise de position de l’ASO traduit une volonté de repositionner le débat public autour de la souveraineté nationale, de la justice sociale et de la refondation institutionnelle. Plus qu’une critique du pouvoir transitoire, le mouvement propose une rupture avec ce qu’il considère comme un cycle historique de dépendance.
Alors que le pays cherche une issue à l’impasse actuelle, la vision portée par l’ASO vient alimenter les discussions sur la nature même de la transition et sur les fondements du futur ordre politique haïtien.
Judelor Louis Charles
