
Trois contrats majeurs conclus par l’administration du Premier ministre dans les secteurs pénitentiaire, douanier et sécuritaire alimentent actuellement un débat sur la stratégie de modernisation de l’État haïtien. Dans un rapport publié le 4 mars, l’organisation (FJKL) estime que ces engagements pourraient fragiliser les finances publiques et réduire la marge de contrôle des institutions nationales.
Toutefois, au-delà des critiques formulées, ces accords sont présentés par leurs promoteurs comme des tentatives de répondre à des déficits structurels persistants dans la gestion de la sécurité, des infrastructures pénitentiaires et des recettes douanières.
Le premier contrat concerne la construction et l’exploitation de trois centres carcéraux modernes à , et . L’accord, signé en décembre 2025 avec la société , prévoit un partenariat avec des entreprises basées aux États-Unis et au Panama pour une durée de cinquante ans.
Le projet est évalué à 85,4 millions de dollars américains pour la construction des infrastructures. Selon les dispositions contractuelles, l’État garantit les emprunts contractés pour financer les travaux et s’engage à verser 22 dollars par détenu et par jour pendant toute la durée de l’exploitation.
Pour les autorités, ce type de partenariat public-privé pourrait permettre de moderniser un système pénitentiaire largement considéré comme surpeuplé et sous-financé. Mais la FJKL souligne que les garanties financières accordées au concessionnaire, ainsi que l’obligation d’un taux minimal d’occupation de 75 %, pourraient entraîner des coûts très élevés pour le trésor public.
Le deuxième accord, signé en février 2026 avec la société , vise la restructuration des services douaniers et migratoires sur l’ensemble du territoire haïtien.Le contrat prévoit la fourniture d’équipements technologiques, de systèmes informatiques, ainsi que la formation du personnel. Des acquisitions telles que drones, hélicoptères et véhicules tactiques figurent également parmi les investissements prévus.
Le modèle de rémunération inclut :13,6 millions de dollars de frais initiaux de mobilisation; 3 % de la valeur des importations enregistrées (hors produits pétroliers et franchises) et une prime de performance pouvant atteindre 20 % des recettes supplémentaires générées.
Les autorités pourraient voir dans ce mécanisme un moyen d’améliorer la collecte fiscale dans un secteur souvent critiqué pour ses faiblesses structurelles. La FJKL estime cependant que le seuil de performance retenu pourrait garantir des revenus importants à l’entreprise, même sans gains significatifs pour l’État.
Le troisième dossier concerne un accord sécuritaire attribué à la société , également enregistrée aux Émirats arabes unis. L’objectif affiché est de fournir un appui stratégique et technologique à la (PNH), notamment par l’utilisation de drones et la mise en place d’une unité opérationnelle conjointe.
Le coût annuel du dispositif serait estimé à 52 millions de dollars. Selon les données évoquées par la FJKL, environ 35,5 millions de dollars auraient déjà été versés entre avril et novembre 2025.
L’organisation affirme également avoir recensé plusieurs décaissements inscrits dans les comptes publics, dont des paiements liés à des dépenses de renseignement et des acquisitions immobilières, ainsi que des transferts effectués à différentes entités.
Pour ses critiques, l’efficacité de ce dispositif reste à démontrer, les objectifs annoncés notamment la réouverture de certains axes routiers stratégiques et la neutralisation de chefs de gang n’ayant pas encore produit les résultats attendus.
Au-delà des montants en jeu, la FJKL soulève une question cruciale : celle de la capacité d’un gouvernement exerçant dans un contexte institutionnel fragile à conclure des accords engageant l’État sur plusieurs décennies, dans des domaines considérés comme régaliens.
L’organisation appelle à des enquêtes des organes de contrôle et suggère que le prochain Parlement élu examine la légalité et la pertinence économique de ces contrats.
Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et institutionnels majeurs en , ces accords illustrent ainsi la tension persistante entre la recherche de solutions rapides pour renforcer l’État et les préoccupations liées à la transparence, à la souveraineté et à la gestion des finances publiques.
Judelor Louis Charles
