
Le MENFP a lancé, le 21 janvier 2026, les Assises Nationales de la Refondation du Système Éducatif Haïtien, autour du thème « Pour une éducation transformatrice », une initiative majeure visant à repenser en profondeur un système éducatif fragilisé par des crises multiples.
Planifier sur trois jours d’échange entre des acteurs nationaux et internationaux, ces Assises ambitionnent de poser sans complaisance les problèmes de fond du système éducatif haïtien afin de dégager des orientations stratégiques capables d’y répondre durablement. Parmi les objectifs prioritaires figurent la mise en place et l’opérationnalisation du Haut Conseil National de l’Éducation (HCNE), la restauration d’une gouvernance éducative crédible, l’amélioration du climat scolaire, ainsi que le renforcement du rôle des parties prenantes dans la lutte contre l’échec, la déperdition et le décrochage scolaires.
D’après le message livré par son Directeur de cabinet du Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, Me Axène Joseph, le diagnostic est sans détour : le système éducatif haïtien traverse une crise systémique profonde, caractérisée par la faiblesse de la gouvernance, l’insuffisance de la formation des enseignants et la persistance d’un échec scolaire massif. Face à cette réalité préoccupante, le Chef du Gouvernement a réaffirmé son engagement à consacrer 4 % du PIB au secteur de l’éducation, estimant que la refondation de l’école haïtienne n’est plus une option, mais une nécessité nationale impérieuse.
Alignées sur les orientations du Plan Décennal d’Éducation et de Formation 2020-2030 (PDEF), les discussions s’articulent autour de dix thématiques structurantes, allant de l’accès équitable à l’éducation à la résilience du système face aux crises, en passant par la qualité des apprentissages, le développement du corps enseignant, le financement, le numérique éducatif et la sécurité scolaire. Autant de chantiers interdépendants qui conditionnent l’avenir de la jeunesse haïtienne.
Pour le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, le professeur Augustin Antoine, la tenue de ces Assises traduit une volonté collective de faire front commun face à une crise multidimensionnelle qui menace l’avenir du pays. Il y voit un moment déterminant pour analyser, débattre et proposer des solutions concrètes visant à garantir la réussite de tous les apprenants, dans un contexte marqué par la fragilité des conditions d’enseignement et d’apprentissage.
Des voix d’expérience, à l’instar de l’ancien ministre Pierre Buteau, ont toutefois rappelé la nécessité de tenir compte des contraintes liées à la crise socio-politique, à la pression démographique et à l’urbanisation anarchique, autant de facteurs qui pèsent lourdement sur l’école haïtienne. De son côté, l’UNESCO, par la voix de son représentant Eric Voli Bi, a salué l’engagement du MENFP, tout en plaidant pour une intégration effective du numérique comme levier d’innovation et d’inclusion.
Au-delà des discours et des intentions affichées, les Assises Nationales de la Refondation du Système Éducatif Haïtien cristallisent un espoir mesuré : celui de voir émerger une vision partagée, traduite en actions concrètes et suivies dans le temps. Dans un pays où l’éducation demeure l’un des rares vecteurs crédibles de mobilité sociale et de reconstruction nationale, la réussite de cet exercice de concertation pourrait bien conditionner l’avenir de plusieurs générations.
Judelor Louis Charles
